Retraite
Futurs retraités : l'envie de partir tôt se heurte au mur du pouvoir d'achat
Impatients mais inquiets, les actifs de 45 à 64 ans se disent prêts à partir plus tôt, quitte à gagner moins. La deuxième vague du baromètre MIF x Odoxa révèle une génération lucide et mal informée.
L'envie de partir tôt n'a jamais été aussi forte, mais elle se heurte à une inquiétude tenace sur le niveau de vie futur. La deuxième vague du baromètre MIF x Odoxa, réalisée du 3 au 8 avril 2026 auprès de 1 000 actifs de 45 à 64 ans, dessine le portrait d'une génération impatiente et lucide, prête à sacrifier une part de ses revenus pour profiter d'une retraite en bonne santé.
Partir tôt, en bonne santé, quitte à gagner moins
62 % des actifs interrogés attendent la retraite avec impatience, soit deux points de plus qu'un an plus tôt, et ce sentiment culmine à 73 % chez les 60-64 ans. Mis au pied du mur, 63 % se disent prêts à partir le plus tôt possible, même au prix de conditions financières dégradées. Le moteur de cet arbitrage tient en un mot : la santé. Pour 81 % des sondés, bien vivre sa retraite signifie d'abord être en bonne forme, loin devant le fait de disposer de revenus suffisants, critère en recul de sept points à 59 %. Partir tant que l'on est encore en forme, pour profiter d'une vie avec plus de temps libre : la retraite se vit comme un nouveau départ pour 89 % d'entre eux, non comme une fin.
Un système mal compris, des angles morts persistants
Cette impatience avance pourtant à contre-courant des réalités. 84 % des futurs retraités anticipent une baisse de leur pouvoir d'achat, qu'ils chiffrent eux-mêmes à 31 % en moyenne, et plus d'un sur deux s'attend à une situation moins favorable que celle de ses parents au même âge. Surtout, ils avancent à l'aveugle. 54 % déclarent mal comprendre le système de retraite français et 71 % ignorent leur taux de remplacement, c'est-à-dire la part de leurs revenus d'activité que conservera leur pension. La suspension de la réforme de 2023 n'a rien éclairci : 56 % seulement en saisissent les implications, une proportion qui ne grimpe qu'à 63 % parmi les personnes directement concernées, nées entre 1964 et 1968.
Les angles morts sont particulièrement criants sur le concret. 54 % des sondés se sentent mal informés sur le montant de leur future pension, 60 % sur les contrats à souscrire et 62 % sur les démarches administratives à effectuer. Ce déficit d'information nourrit l'anxiété autant qu'il complique l'arbitrage entre date de départ, niveau de pension et effort d'épargne.
Épargne et activité, les deux réflexes de reprise en main
Face à l'incertitude, les futurs retraités cherchent à reprendre la main. L'épargne d'abord : 70 % mettent de côté pour préparer leur retraite, en hausse de cinq points, et 64 % détiennent au moins un produit dédié. L'assurance-vie reste la référence, à 48 %, devant le plan d'épargne retraite et l'épargne salariale, à 23 % chacun, et le PEA, à 20 %. L'activité ensuite : près d'un futur retraité sur deux envisage de poursuivre une activité au moins à temps partiel, signe que le cumul emploi-retraite relève moins du choix de carrière que de la nécessité économique perçue.
Le baromètre met aussi en lumière une fracture patrimoniale. 71 % des hommes détiennent un produit d'épargne retraite, contre 58 % des femmes, et 86 % des cadres épargnent activement, contre 64 % des employés et ouvriers.
Cinq profils se dégagent, des Experts (25 %) bien préparés et aisés aux Décrochés (13 %) sans épargne ni préparation, en passant par les Improvisateurs, les Ambitieux et les Non-initiés. « Face au flou, les Français se tournent massivement vers l'épargne pour reprendre le contrôle de leur avenir », résume Olivier Sentis, directeur général de la MIF, qui souligne une aspiration croissante à la flexibilité dans le choix du moment du départ. Pour le conseil patrimonial, le message est double.
D'un côté, l'urgence d'estimer son taux de remplacement réel, via les simulateurs officiels, avant d'arbitrer une date de départ. De l'autre, l'intérêt de diversifier les enveloppes : le plan d'épargne retraite, déductible à l'entrée et liquidable en capital ou en rente, complète utilement l'assurance-vie pour qui veut amortir la baisse de pension attendue. Assureur vie mutualiste, la MIF accompagne aujourd'hui près de 165 000 sociétaires pour plus de 5 milliards d'euros d'actifs gérés.
